La matinée passa très vite et, même si je ne bavardais pas comme à mon habitude, je n'écoutais pas ce que me racontaient mes professeurs pour autant. Je ne pensais qu'à une seule chose : ce moment où Monsieur Grams entrerait dans la classe, se dirigerait vers l'enseignant et lui grognerait quelque chose à l'oreille. A ce moment là, le professeur me regarderait d'un air qui voulait dire "Et bien enfin. Je l'avais toujours dit que tu te ferais punir. Bien fait !" mais me dirait simplement : "Tegan, prenez vos affaires." Je me lèverai et tous -je dis bien tous- les élèves me regarderaient.
Ce moment là, celui que je redoutais tant arriva pendant l'heure de musique. Je suis sur qu'elle la fait exprès, La Vieille, c'est notre heure favorite, à mes amis et à moi. D'une parce qu'on adore la musique. de deux parce qu'on adore le prof (Tara est raide dingue de lui, monsieur Shirowmy. J'avoue qu'il est mignon même si je préfère de loin Kéo.) Et de trois, parce qu'on est tous ensemble (d'habitude nous n'étions pas dans la même classe). C'est un court optionnel et donc il n'y a pas beaucoup de monde.
Heureusement, cela ne se passa pas comme je l'avais prédit. Après que Monsieur Grams et apprit la nouvelle à Monsieur Shirowmy, celui-ci nous regarda d'un air compatissant puis il se tourna vers le pion et lui dit :
- Je vais les emmener moi-même si cela ne vous dérange pas. Vous n'avez qu'à garder mes autres élèves pendant ce temps là.
Le surveillant grogna. L'idée n'avait pas l'air de l'enchanter mais il laissa quand même notre professeur nous accompagner.
Nous marchions dans les couloirs de l'établissement. Il y régnait un silence de mort. Le seul bruit était celui du vieux planché qui craquait sous nos pas. Nuckas rompit le silence :
- Merci Monsieur.
- De quoi, répondit ce dernier.
- De nous avoir accompagné.
- Ce n'est rien. Je voulais d'ailleurs vous faire penser à quelques petites choses à ne pas faire si vous ne voulez pas empirer votre sanction.
- Ah oui ? Lesquelles ?, demanda Taxime.
- Tout d'abord je vous conseil de ne pas vous justifier. Madame Argmizout est assez susceptible et déteste qu'on lui résiste.
Il nous initia quelques techniques pour plaire à La Vieille puis il nous laissa devant son bureau en nous souhaitant bonne chance. "Vous en aurez besoin"avait-il rajouté. Moi, je ne l'écoutais déjà plus. Je regardais cette porte en bois massif. Cette porte qui avait fait entrer des centaines -peut être même plus- de garçons et de filles qui avaient fait une bêtise, une malheureuse erreur. Taxime me frotta le dos doucement pour me réconforter, comme il l'avait fait de nombreuses fois avant, quand je n'étais pas bien, quand rien n'allait comme maintenant à ce moment précis. Je me focalisai sur sa main que j'avais si souvent prit dans la mienne, cette main que je connaissait par cœur, cette main qui avait séchée mes larmes, cette main qui appartenait à mon meilleur ami, celui qui était toujours là pour moi et que j'aimais plus que tout.
Taxime appuya sur la poignée. Il ouvrit la porte. Nous entrâmes. La Vieille était toujours assise à son bureau. Elle leva la tête comme la fois précédente.
- Vous n'avez pas frapper.
- Si, commençais-je. Vous n'avez pas... (Puis je me rappelai de ce qu'avez dit Monsieur Shirowmy.) Oui. Nous avons oublier Madame. Je vous pris de nous excuser.
- Bien. Vous êtes excusé. Asseyez-vous. Aller. Dépêchons.
Une fois que nous étions tous assis elle reprit :
- Nous n'avions pas terminé notre conversation ce matin. J'ai décidé de parler de tout cela à vos parents...
- QUOI ?!?!
Oui, j'en ai parlé à vos parents et ensemble, nous avons trouvé une solution. La société de votre père Tegan vient d'ouvrir de nouveaux locaux dans le nord du pays. Il m'a donc proposé que vous déménagiez, mademoiselle Mitarfile.
Je me levai d'un bond.
- Quoi ? Mais ! Madame ! Vous ne pouvez pas !
- Oh si je peux le faire. ( A ce moment là, elle était debout prête à bondir sur moi si je ne me rasseyais pas. C'est ce que je fis alors elle reprit plus calmement : )
- Vous partez ce soir. Si j'étais vous, j'irais faire mes baguages immédiatement.
Je ne pus rien faire, rien dire, seulement me lever et me diriger vers la porte pour faire ma valise.
- Au fait, une petite astuce : quand vos parents arriveront, je vous conseil de ne pas broncher si vous ne voulez pas les énerver encore plus.
Je ne sus quoi répondre. Je fermais la porte derrière moi et partis dans la chambre. Une fois, arrivé je me rendis compte de ce qui se passait. P***** de m**** !! Cette Vieille peau était en train de nous séparer. Elle me détestait. Elle m'avait toujours détestée ! Elle m'avait déjà séparée de Talec et elle voulait recommencer avec mes amis. Je venais à peine d'avoir trouvé un équilibre. J'avais réussis à organiser ma vie sans mon frère jumeau, ma moitié, mon Talec. Elle l'avait envoyé dans une autre école, soit disant parce qu'il avait triché au examen de fin d'année. Mais tout cela n'était que mensonge ! Elle voulait se débarrasser de lui parce qu'elle ne nous aimait pas. depuis que je suis arrivée ici, il y a de cela 3 ans, elle me mène la vie impossible.
Mon état avait changé du tout au tout. J'étais, maintenant, devenue une boule d'énergie. J'étais assise sur mon lit à chercher comment empêcher mon départ. J'avoue que je révérais mon frère et toute ma famille. Mais je ne voulais pas quitter mes amis, Taxime, mon meilleur ami, mon deuxième frère ; Tara, ma meilleure amie pour la vie ; Evalli, celle avec qui j'avais fait mes premières bêtises ; Nuckas, mon protecteur. Sans parler de Kéo, qu'est ce que je ferais sans lui. Je l'aimais.
TOC-TOC-TOC
Qui était-ce ?
- Oui ?, dis-je.
Une grande silhouette s'avança dans l'entre-brasure de la porte.
- Papa !
Je lui sautais au cou. Pour quelle raison ? La première c'est que je ne l'avais pas vu depuis au moins 6 mois et la deuxième c'est que je voulais l'amadouer pour ne pas me faire tuer.
- Tegan, dit-il en poussant un soupir. Que nous as-tu encore fait ?
- Rien, Papa.
- Encore une injustice, c'est ça ? Comme avec ton frère ? Qu'ai-je fait pour mériter dans enfants pareils ?
- Je... je suis désolé Papa.
- Ça ne sert à rien d'être désolé, Tegan. Assume tes bêtises.